
L’édito de Nasser du 4 novembre 2026
Depuis plusieurs années, nous voyons les droites autoritaires imposer leurs mots, leurs obsessions et leurs affrontements. À force de les voir occuper l’espace public, une idée finit par s’installer, leur arrivée au pouvoir serait inévitable. Les derniers scrutins viennent rappeler que les peuples conservent la possibilité de déjouer ce scénario. Du Brésil aux États-Unis, tandis qu’en Israël le camp de Netanyahou perd sa majorité, des raisons d’espérer réapparaissent.
Je regarde ces résultats avec espoir et avec exigence. Chaque pays a son histoire, ses institutions et ses fractures. Mais leur rapprochement ouvre une réflexion qui nous concerne directement, comment transformer le rejet d’un pouvoir en une majorité capable d’améliorer la vie des gens ?
Au Brésil, Lula a été réélu le 25 octobre avec 51,79 % des suffrages, face à Flávio Bolsonaro. Cette victoire prolonge la résistance électorale au bolsonarisme. Son caractère serré rappelle aussi la profondeur de la division du pays, les forces battues conservent une assise considérable.
J’y vois une leçon pour la gauche : une victoire se construit dans la société, avec un projet, des alliances et la volonté de répondre aux besoins populaires. Elle se consolide ensuite dans l’exercice du pouvoir. Le droit de vivre dignement, de se nourrir, de se soigner et d’étudier doit devenir une réalité assez tangible pour entretenir la confiance démocratique.
Aux États-Unis, les élections de mi-mandat du 3 novembre ont donné aux démocrates le contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat. Le revers est majeur pour Donald Trump et les républicains. Trump reste président, mais il devra faire face à un Congrès d’opposition. C’est une victoire démocrate et un rétablissement important des contre-pouvoirs.
La vie chère a pesé dans ce scrutin, aux côtés de la guerre avec l’Iran et des inquiétudes liées à la corruption. Ces préoccupations rappellent que les gouvernants finissent aussi par devoir répondre des conditions de vie et des conséquences de leurs décisions.
C’est l’un des enseignements que je retiens, les démonstrations de force et la désignation permanente d’ennemis rencontrent les limites du quotidien. Les familles attendent de pouvoir payer leurs factures, se loger et préparer l’avenir de leurs enfants. Les boucs émissaires ne paient ni les loyers ni les courses.
L’élection d’Abdul El-Sayed dans le Michigan porte également un symbole fort. Américain d’origine égyptienne, ancien responsable de la santé publique, il deviendra en janvier 2027 le premier sénateur musulman des États-Unis. Sa victoire intervient au terme d’une campagne durant laquelle il a été attaqué sur sa religion.
Je me réjouis de ce résultat pour ce qu’il ouvre comme possibilité, celle d’un débat où un citoyen peut être choisi pour ses idées, son parcours et ses engagements, malgré les tentatives de l’enfermer dans son origine ou sa confession. Il rappelle que la peur de l’autre peut être mise en échec dans les urnes.
En Israël, la situation appelle davantage de prudence. Le bloc de Netanyahou dispose de 53 sièges sur 120, loin des 61 nécessaires à la majorité, tandis que le Likoud reste le premier parti. Les formations qui s’opposent à lui sont divisées, et la constitution d’un gouvernement demeure incertaine. Son affaiblissement électoral est réel ; son remplacement au pouvoir reste à construire.
La portée de ce scrutin se mesurera aussi à la politique du gouvernement qui en sortira. Pour ma part, mon exigence demeure entière, les droits du peuple palestinien, la protection des civils, le respect du droit international et une paix fondée sur l’égalité des droits. C’est à cette aune que j’évaluerai les changements annoncés.
Ces scrutins dessinent donc des situations différentes. Le Parti démocrate américain rassemble des courants allant des modérés aux progressistes. L’opposition à Netanyahou réunit elle aussi des forces très éloignées les unes des autres. Leurs résultats ne suffisent pas à annoncer une victoire mondiale de la gauche. Ils montrent cependant que des pouvoirs et des projets présentés comme durablement dominants peuvent être freinés ou battus. C’est dans cette possibilité que je place mon espoir.
Pour comprendre ce qui se joue, il faut prendre au sérieux les attentes matérielles des populations. Les difficultés économiques varient selon les pays, mais le coût du logement, de l’alimentation, de l’énergie ou des soins nourrit une inquiétude très concrète. Quand l’avenir semble se rétrécir, la promesse d’un pouvoir fort peut séduire. Tout l’enjeu est alors de savoir à qui ce pouvoir profite et ce qu’il change réellement.
Le racisme a aussi ses ressorts propres : une histoire, des idéologies, des responsabilités politiques et des discours qui le rendent acceptable. Le combattre demande un engagement explicite contre la négrophobie, l’islamophobie, l’antisémitisme et toutes les discriminations. La justice sociale et l’égalité des droits doivent avancer ensemble. Chacun doit pouvoir travailler, se loger, pratiquer sa religion ou ne pas en avoir, sans subir l’humiliation ni la suspicion.
La France est directement concernée. Nous connaissons la colère de celles et ceux qui travaillent et peinent à vivre, les difficultés d’accès aux soins, l’angoisse du logement, la fatigue des services publics. À mes yeux, laisser ces attentes sans réponse favorise les forces qui promettent de rétablir l’ordre en opposant les habitants du pays les uns aux autres.
C’est pourquoi la gauche doit porter un changement qui se voie dans la vie quotidienne : des salaires permettant de vivre dignement, des retraites protectrices, des services publics accessibles, une fiscalité plus juste, un logement abordable et une transition écologique qui protège les plus modestes. Elle doit aussi expliquer ses moyens d’action, ses choix de financement et la manière dont elle compte tenir ses engagements.
C’est dans cette perspective que je soutiens Jean-Luc Mélenchon pour l’élection présidentielle de 2027. Je vois dans son projet de rupture sociale, écologique et démocratique la possibilité de répondre à des attentes que trop de gouvernements ont laissées de côté. Je crois à sa capacité de porter ces questions dans le débat public et de redonner une perspective à celles et ceux qui se sentent abandonnés.
Le sondage Ifop pour LCI publié le 3 novembre le situe entre 17,5 et 18 % des intentions de vote, en deuxième position dans les configurations testées. C’est un point d’appui pour ses soutiens. La même enquête place toutefois Marine Le Pen entre 35 et 37 %. L’ampleur du danger impose de regarder les deux résultats avec la même attention.
La qualification et la victoire finale constituent deux étapes différentes. Le précédent baromètre de l’Ifop, publié le 20 octobre, donnait encore Mélenchon très nettement battu par Marine Le Pen au second tour. Ces enquêtes décrivent un rapport de force à un moment donné. Elles mesurent surtout le travail de conviction et de rassemblement qu’il reste à accomplir.
L’exemple de Lula mérite ici d’être rappelé : il apparaissait derrière Flávio Bolsonaro dans la plupart des derniers sondages, avant de remporter l’élection. Plusieurs écarts se situaient dans la marge d’erreur, les commentaires qui annonçaient déjà sa défaite allaient donc plus loin que les chiffres. J’en retiens une leçon pour la France, nous devons regarder les sondages avec sérieux tout en gardant la volonté de changer le rapport de force. Chaque scrutin a sa propre dynamique, et la mobilisation reste décisive. C’est aussi pour cela que je crois à la capacité de Jean-Luc Mélenchon de rassembler et de gagner.
Mon soutien est assez solide pour regarder ces obstacles en face. Je crois que Jean-Luc Mélenchon peut gagner, à condition de construire une majorité beaucoup plus large. Cela exige d’écouter les hésitations, de répondre aux désaccords et de convaincre sur les conséquences concrètes du programme. Cela demande aussi de montrer comment gouverner, avec quelles garanties démocratiques et avec quelle place pour les citoyens.
Rassembler suppose un projet suffisamment clair pour donner envie d’agir ensemble et suffisamment ouvert pour accueillir des parcours différents. Les citoyens, les associations, les syndicats et les forces politiques qui refusent l’extrême droite ont une responsabilité commune. Leurs désaccords méritent un débat sérieux ; les attentes de la population doivent rester au centre de leurs décisions.
La mobilisation sera décisive. Chaque abstentionniste convaincu que sa voix peut peser élargit le champ du possible. Encore faut-il mériter sa confiance, être présent, écouter, expliquer, accepter la discussion et tenir les engagements pris. La démocratie retrouve de la force quand les citoyens constatent qu’ils peuvent réellement agir sur leur avenir.
La France peut apporter sa contribution à cet espoir. Elle peut faire le choix d’une politique qui protège les habitants, combat le racisme, défend les libertés et porte la paix. Elle peut montrer qu’une transformation sociale ambitieuse est compatible avec l’exigence démocratique et qu’elle peut améliorer durablement la vie du plus grand nombre.
Voilà le sens de mon engagement. Je suis convaincu que Jean-Luc Mélenchon a la capacité de gagner en 2027. Je veux contribuer à rendre cette victoire possible, avec toutes celles et tous ceux qui aspirent à une France plus juste, plus fraternelle et plus démocratique.
Les résultats internationaux nous donnent des raisons de relever la tête. À nous, désormais, de faire vivre cet espoir dans notre pays, de le transformer en mobilisation, puis en changement réel.
Nasser Lajili

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