
Quand jâĂ©tais enfant, mes Ă©tĂ©s en Tunisie Ă©taient toujours rythmĂ©s par les visites aux petits hanouts du village. Ces modestes Ă©choppes, toutes proches les unes des autres, ont bercĂ© mon enfance. Je me souviens encore du plaisir que je ressentais lorsque mes parents me donnaient de petites piĂšces qui, Ă lâĂ©poque, ne valaient presque rien mais qui suffisaient pourtant Ă remplir mon sachet de bonbons. Je repartais ensuite en courant dans le hoch, pressĂ© de retrouver mes grands-parents pour leur montrer mes trĂ©sors sucrĂ©s.
Ces Ă©tĂ©s, Ă mes yeux, Ă©taient les plus belles vacances que je pouvais imaginer. Mon pĂšre mâenvoyait souvent faire de petites courses dans ces commerces de proximitĂ©, chaque boutique ayant sa propre personnalitĂ©. Les propriĂ©taires connaissaient parfaitement leur clientĂšle : on discutait, on sâinquiĂ©tait de la santĂ© des uns et des autres, on racontait les derniĂšres nouvelles du village. Il y rĂ©gnait une chaleur et une convivialitĂ© que lâon ne retrouvait nulle part ailleurs.
Au fil du temps, pourtant, le paysage a changĂ©. DĂ©sormais, oĂč que lâon aille en Tunisie, on voit pousser des enseignes internationales comme Carrefour Market. Elles semblent grignoter peu Ă peu ces prĂ©cieux petits commerces de quartier et de village, qui ferment chaque annĂ©e davantage. Ainsi, disparaissent non seulement des boutiques, mais aussi tout un art de vivre, fondĂ© sur la proximitĂ© et lâentraide.
Je me souviens, par exemple, de la confiance qui rĂ©gnait entre les marchands et les habitants. Beaucoup de familles modestes achetaient Ă crĂ©dit, sans intĂ©rĂȘt : un geste solidaire qui leur permettait de joindre les deux bouts. Certes, la dette Ă©tait un poids pour elles, un stress quotidien, mais au moins elles savaient quâelles pouvaient manger Ă leur faim et que le commerçant croyait en leur capacitĂ© Ă le rembourser, tĂŽt ou tard.
Aujourdâhui, je lance un appel Ă tous ceux qui voyagent dans les petits villages en tunisie ou ailleurs: prenez un instant pour demander au commerçant de sortir son cahier de crĂ©dits. RĂ©gler une dette Ă la place de quelquâun, câest lever un Ă©norme fardeau pour une famille. Parfois, 20, 30 ou 50 euros convertis en dinars suffisent Ă apporter un vrai soulagement, une bouffĂ©e dâair frais Ă des personnes qui nâen peuvent plus de voir sâaccumuler les factures.
Nous devrions toujours garder en tĂȘte lâimportance de la solidaritĂ©, particuliĂšrement dans les pays qui traversent des crises Ă©conomiques. Et si nous voulons prĂ©server ce qui reste de ces petits commerces ces hanouts qui ont illuminĂ© mon enfance il faut continuer Ă acheter chez eux, leur faire confiance, et surtout leur montrer que leur prĂ©sence nous est prĂ©cieuse. Ă chaque fois que nous poussons la porte dâun de ces magasins de quartier ou village, nous participons Ă la survie dâune tradition, dâun esprit dâentraide et de convivialitĂ© unique.
Ainsi, les souvenirs de mes Ă©tĂ©s passĂ©s Ă courir entre les Ă©tals de bonbons et de fruits frais ne se rĂ©duiront pas Ă de simples photographies. Ils perdureront, grĂące Ă nous tous, dans chaque regard Ă©changĂ©, dans chaque geste solidaire et dans chaque achat qui soutient ces petits commerces. Câest aussi cela, lâhĂ©ritage que je veux transmettre : un coin de paradis oĂč lâon se sent chez soi, et oĂč la chaleur humaine prime sur tout le reste.

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