
Au 10 rue Gérard Philippe, le premier étage, appartement 103. Un immeuble qui raconte l’histoire de nombreuses familles. Chaque duplex avec ses balcons, 309 logements sur huit étages furent le théâtre nostalgique d’un village vertical. Tous les habitants se connaissaient, certains ont tissé des liens indissolubles, d’autres étaient plus réservés. Tous, nous formions une chaîne de solidarité qui donnait à l’espace de notre quotidien une vitalité et une effervescence que la nuit seule savait calmer. Au pied de notre château s’étendait un parking que les enfants ont investi. Humblement, les voitures ont déserté notre esplanade de jeux qui devenait après l’école, un terrain de foot, où se jouait le championnat de notre enfance. Notre imagination y a tracé des cours de tennis et des journées entières ont épuisé nos équipements de fortune. Un grand mur était le partenaire des joueurs solitaires qui frappaient de toute leur force dans les balles jaunes des rêves de gosses. Je me souviens des deux tables de ping-pong en ciment qui devenaient un gradin sur lequel les plus grands s’installaient, pour discuter ou regarder les matches de foot. Les cinq halls du bâtiment communiquaient, on entrait au 2 rue Gérard Philippe et on pouvait ressortir au 10 de la même rue. Nous nous écartions peu du périmètre de notre citadelle, elle formait un labyrinthe qui offrait des dizaines de mètres de dédales ou les enfants se perdaient dans le jeu de cache-cache. J’ai encore l’esprit parfumé de cette ambiance estivale, lorsque les mamans se retrouvaient sur la pelouse tout près de notre parc. Leur conversation se répandait dans la chaleur de l’été. Il est doux ce brouhaha, ma mémoire l’a enregistré et mon cœur se plaît encore à l’aimer. Puis le ciel s’est couvert, un fléau a frappé notre quiétude d’enfant, nous avions grandi. La drogue et son cortège de malheurs étaient malheureusement installés dans le quartier. Un grand nombre des grands frères a sombré dans l’horreur. Des familles furent déchirées et le beau visage de mes souvenirs fut à jamais balafré. Lorsque je croise le chemin de ceux qui sont dans mes souvenirs, j’ai un léger et doux pincement au cœur. Comment puis-je, ô habitants de ma mémoire, vous rendre l’hommage que doit celui qui grandit à tous les compagnons de son enfance ?
Si une réponse venait à surgir, je ne manquerais pas de vous la conter.
#LeLuth
#Gennevilliers
#GerardPhilippe

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