
Il fait froid.
Pas ce froid poétique des cartes postales d’hiver.
Un froid qui mord, qui brûle la peau, qui s’infiltre dans les os et empêche de dormir.
Un froid qui tue.
Pendant que nous passons devant eux sans les voir, certains cherchent simplement un endroit où s’allonger. Pas le confort. Pas le luxe. Juste le droit de survivre à la nuit.
En Allemagne, des bancs deviennent des refuges.
La nuit, ils s’ouvrent comme des bras.
Ils protègent sans humilier.
Ils réchauffent sans juger.
Ils disent silencieusement : “Tu comptes encore.”
Et nous ?
Nous installons des barres de métal au milieu des bancs.
Non pas pour protéger, mais pour repousser.
Non pas pour aider, mais pour empêcher.
Nous préférons le fer à l’empathie, l’hostilité au courage, l’indifférence à l’humanité.
Ces barres ne font pas disparaître la misère.
Elles ne font que la déplacer, la cacher, la nier.
Comme si empêcher un corps de s’allonger suffisait à effacer la souffrance.
Comme si rendre la nuit plus dure allait rendre la pauvreté moins visible.
Chaque banc hostile est un message clair :
“Tu déranges.”
“Tu n’es pas à ta place.”
“Ta survie est un problème.”
Mais à quel moment avons-nous décidé que la rue devait être plus cruelle que la vie l’est déjà ?
À quel moment avons-nous accepté qu’un être humain mérite le froid, l’humidité, la solitude, simplement parce qu’il est tombé ?
L’hiver ne fait pas de distinction.
Il n’épargne ni les erreurs, ni les accidents de la vie, ni les histoires brisées.
Il frappe tout le monde.
Et ceux qui n’ont rien n’ont même plus le droit de s’allonger.
Un banc qui protège, c’est un choix.
Un banc qui rejette, c’en est un autre.
Et ce choix dit tout de nous.
De ce que nous sommes.
De ce que nous tolérons.
De ce que nous sommes devenus.
L’humanité ne se mesure pas à ce que l’on possède,
mais à la place que l’on laisse à ceux qui n’ont plus rien.
Quand il fait si froid dehors,
ce n’est pas seulement la température qui devrait nous inquiéter,
c’est le gel progressif de nos consciences.
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